Pages versos

Ces pages versos, qui semblent être des brouillons aléatoires en désordre, sont des ébauches des premiers poèmes et nouvelles de L.M. Montgomery. Quelques-uns de ces textes étaient déjà publiés lorsqu’elle a rédigé Anne en 1905 et 1906; d’autres ont probablement été dactylographiés et conservés ailleurs. Certains brouillons sur des versos montrent ses premières expérimentations : « A Baking of Gingersnaps » (Les biscuits au gingembre) a été sa première nouvelle publiée; elle mettait alors à l’essai les noms de plume Maud Cavendish et Maud Eglinton. Après le chapitre 15, elle comment à écrire Anne au recto et au verso. Pourquoi est-elle passée de feuilles de brouillon à des feuilles vierge?

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556 630 même si je me passais du réconfort des diamants, déclara Anne. Je m’estime tout à fait satisfaite d’être Anne de Green Gables, avec son rang de perles. Je sais que Matthew a mis plus d’amour à m’offrir ces perles qu’il peut y en avoir dans tous les bijoux de la ^Madame la Dame en rose.

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Chap 34 Une jeune fille de Queen’s

Les trois semaines qui suivirent à Green Gables furent fébriles, car Anne se préparait à partir pour Queen’s et il y avait beaucoup de couture couture à faire et une foule de détails à discuter et à mettre au point. La garde-robe d’Anne était fournie et jolie car Matthew y avait veillé, et Marilla, pour une fois, ne s’était opposée à aucune de ses acquisitions
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pour moi.

La robe verte fut taillée avec autant de petits plis, de volants et de bouillons que le bon goût d’Emily en autorisait. Un soir, Anne l’enfila pour la montrer à Matthew et à Marilla, et récita « The Maiden’s Vow » dans la cuisine, à leur intention. Pendant qu’elle regardait ce beau visage s’animer, qu’elle surveillait les mouvements gracieux de ce joli corps, Marilla se prit à songer à l’arrivée d’Anne au soir où Anne était arrivée à Green Gables, et de sa mémoire se rappela l’image v v vivide de cette étrange petite fille, tout apeurée, dans son ^horrible robe de tiretaine d’un brun jaunâtre ^et du chagrin qui se lisait dans ses yeux pleins de larmes. Quelque chose de poignant, dans l’évocation de ce souvenir, fit monter des larmes les ^propres yeux de Marilla.

— Mais c’est que ma façon de réciter te fait pleurer, Marilla! fit Anne, toute joyeuse, se penchant sur la chaise de Marilla

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vêtue de sa robe de ^guingan, prit le visage ^ridé entre ses mains et regarda, avec une tendresse empreinte de gravité, les yeux de la vieille fille.

— Tu sais, je n’ai pas vraiment changé. On m’a un peu taillée et un peu élaguée pour que je pousse mieux et que mes branches se rendent plus loin, mais, au fond, la véritable Anne – celle d’en dedans – est toujours la même. Et ce n’est pas le fait d’aller ailleurs ou d’acquérir une autre apparence extérieure qui peut y changer quelque chose : dans mon cœur, je resterai toujours ta petite Anne, qui vous aimera, toi, Matthew et cette chère maison aux pignons verts, chaque jour davantage[.]

Anne laissa reposer sa joue fraîche contre celle, toute fanée, de Marilla, et étendit la main pour toucher l’épaule de Matthew. Marilla aurait beaucoup donné à ce moment

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encore mieux que tout le reste. Elle a été une bénédiction pour nous et il n’y a jamais eu d’erreur plus heureuse que celle commise par Mme Spencer. M18

Le jour où Anne dut partir pour la ville arriva enfin. Elle s’y rendit avec Matthew, par une belle matinée de septembre, après s’être livrée avec Diana à des adieux déchirants, et avec Marilla à une séance moins larmoyante et plus posée, du moins en apparence. Mais, une fois Anne partie, Diana sécha ses larmes et partit pique-niquer à la plage de White Sands avec des cousins de Carmody, où elle parvint à s’amuser à peu près convenablement, tandis que Marilla, elle, s’attaque su à toutes sortes de corvées inutiles, et continua toute la journée, le cœur taraudé par la douleur, une douleur amère qui vous brûle

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occupés qu’ils étaient à rencontrer les nouveaux étudiants, à apprendre à reconnaître les professeurs et à se diviser en groupes dans les diverses classes. Anne avait l’intention d’entamer tout de suite le travail de deuxième année, comme le lui avait recommandé Mlle Stacy. Gilbert Blythe choisit d’en faire autant. De cette manière, si l’on réussissait, on pouvait obtenir son brevet d’enseignant de première catégorie en un an au lieu de deux, mais bien entendu, cela impliquait aussi que l’on travaillât davantage, et plus fort. Jane, Ruby, Josie, Charlie et Moody Spurgeon, qui ne se sentaient motivés par aucune ambition particulière, s’estimèrent parfaitement satisfaits des cours de deuxième catégorie. Anne ressentit un sentiment de solitude lorsqu’elle se retrouva dans une salle avec cinquante autres étudiants, dont elle ne connaissait aucun, sauf le

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je ne les connais pas, elles ne me connaissent pas, Oh et elles n’éprouvent sans doute pas la moindre envie de mieux me connaître. Oh, que je me sens seule!

Anne se sentit encore plus seule ce soir-là, lorsque, à la nuit tombante, elle regagna sa chambrette de pensionnaire. Elle ne logeait pas avec les autres filles, qui habitaient toutes chez des parents qui pouvaient les héberger. Mlle Joséphine Barry aurait bien voulu lui offrir la même hospitalité urbaine, mais Beechwood était trop éloigné du collège pour qu’on puisse même envisager cette possibilité. Mlle Barry s’était donc mise en quête d’une pension de famille, assurant à Matthew et à Marilla que c’était la meilleure solution pour Anne.

— La dame respectable qui tient cette pension a connu quelques revers de fortune, leur avait expliqué Mlle Barry.

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extérieur ^encore vert, des pois de senteur dans le jardin, de la lune éclairant le verger,^O18 et de la lumière de chez Diana, brillant entre les branches des arbres. Ici, rien de tout cela. Anne savait que dehors il n’y avait que l’aridité d’une rue de ville, avec son réseau de fils téléphoniques voilant impitoyablement le ciel, les pas des inconnus, et mille lumières qui brillent sur des visages étrangers. Elle sentit qu’elle allait pleurer et fit tout pour s’en empêcher.

— Non, je ne pleurerai pas. C’est idiot – et lâche – voilà la troisième larme qui me coule sur le nez! Et d’autres encore! Il faut que je pense à quelque chose de drôle pour arrêter tout ça. Mais il n’y a rien de drôle ici sauf de qui appartient me rappelle Avonlea, et cela

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— Mais tu pleurais, remarqua Josie^, d’un ton d’exaspérante commisération. Tu t’ennuies de chez toi, je suppose. Je n’ai Certaines personnes sont si peu capables de se raisonner à ce sujet-là. Moi, je peux t’assurer que je n’ai pas l’intention de m’ennuyer de chez nous. Il y a bien trop de choses à faire en ville, à comparer avec ce petit trou d’Avonlea. Je me demande comment j’ai fait pour y survivre toutes ces années. Ne pleure pas, Anne, ça ne te va pas du tout, tu vas avoir le nez et les yeux rouges, et après tu sembleras rouge de partout. ^P18 Dis-moi, Anne, aurais-tu quelque chose à manger? Je meurs de faim. Non? Je pensais que Marilla Marilla t’aurait préparé plein plein de gâteaux, c’est pour cette raison que je suis venue faire un tour, autrement, je serais allée au parc ^écouter l’orchestre jouer avec Frank Stockley qui loge au même endroit que moi. C’est vraiment un chic type. Il t’a repérée, d’ailleurs, ce matin en classe : il m’a demandé qui était la fille aux cheveux roux. Je lui ai répondu que tu étais une orpheline

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comme une Madeleine lorsque Ruby est arrivée. Q18 Du gâteau? Oh, donne-m’en un tout petit morceau, s’il te plaît! Merci. Je retrouve là le bon goût d’Avonlea.

Ruby, apercevant l’annuaire de Queen’s sur la table, demanda à Anne si elle avait l’intention de tenter de gagner la médaille d’or.

Anne, rougissante, admit qu’elle y avait songé.

— Oh, mais ça me rappelle quelque chose, dit Josie. En fin de compte, Queen’s va recevoir une des bourses Avery. C’est Frank Stockley qui me l’a appris; son oncle est membre du bureau des gouven gouverneurs. On en fera l’annonce à toute l’Académie demain.

Une bourse Avery! Le cœur d’Anne se mit à battre à tout rompre, et, comme par magie, elle eut l’impression de voir reculer encore, presque jusqu’à l’infini, les horizons dessinés par son ambition. Avant que Josie

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l’une d’elles serait accordée à Queen’s, mais, finalement, la question semblait résolue; à la fin de l’année, l’étudiant qui obtiendrait la meilleure note en anglais ou en littérature anglaise recevrait la bourse – deux cent cinquante dollars par an, pendant quatre ans, pour lui permettre d’étudier au collège de Redmond. Pas étonnant qu’Anne, ce soir-là, se soit couchée les joues en feu!

— Si je travaille fort, je vais décrocher cette bourse, décida-t-elle. Que Matthew serait fier si j’avais mon Baccalauréat ès arts! Qu’il est bon agréable d’avoir des ambition. Je suis si heureuse d’en avoir autant. Et il semble qu’il n’y ait jamais de fin à ces ambitions ^ – c’est ce qu’il y a de mieux. Dès que l’on a réalisé une ambition, on en voit une autre ^qui scintille encore plus haut. Cela rend la vie si intéressante!

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