Pages versos
Ces pages versos, qui semblent être des brouillons aléatoires en désordre, sont des ébauches des premiers poèmes et nouvelles de L.M. Montgomery. Quelques-uns de ces textes étaient déjà publiés lorsqu’elle a rédigé Anne en 1905 et 1906; d’autres ont probablement été dactylographiés et conservés ailleurs. Certains brouillons sur des versos montrent ses premières expérimentations : « A Baking of Gingersnaps » (Les biscuits au gingembre) a été sa première nouvelle publiée; elle mettait alors à l’essai les noms de plume Maud Cavendish et Maud Eglinton. Après le chapitre 15, elle comment à écrire Anne au recto et au verso. Pourquoi est-elle passée de feuilles de brouillon à des feuilles vierge?
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hier soir après être montée se coucher.
La vieille dame lui tourna le dos en rentra chez elle. C’était épouvantable. Sylvia devait aller à cette réception, il le fallait. Mais comment cela pouvait-il se faire? Dans sa tête, la vieille dame passa en revue les robes de soie de sa mère. Mais aucune ne conviendrait, même si on avait le temps d’en faire retoucher une. Jamais la vieille dame n’avait tant regretté sa richesse envolée.
— Je n’ai que deux dollars dans la maison, dit-elle, pour subvenir à mes besoins jusqu’à la venue du marchand d’œufs. Y a-t-il une chose que je pourrais vendre? Oui, oui, le pichet à raisins.
Jusqu’à ce jour, la vieille dame aurait préféré vendre sa tête plutôt
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toilette antique. Janet Moore et Sylvia Gray rentrèrent de l’église ensemble.
— As-tu vu la vieille dame Lloyd aujourd’hui? Demande Janet. J’ai été stupéfaire quand je l’ai vue entrer. À ma souvenance, c’est la première fois qu’elle vient à l’église. Quelle vieille dame bizarre! Elle est très riche, tu sais, mais elle porte les vieux vêtements de sa mère et ne s’achète jamais rien Certaines personnes pensent qu’elle est avare, mais moi, conclut charitablement Janet, je prends cela pour de l’excentricité.
— J’ai senti que c’était Mlle Lloyd dès que je l’ai aperçue, même si je ne l’avais jamais vue avant, remarqua rêveusement Sylvia. J’espérais la voir… pour une certaine raison. Elle a un
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intelligent et il crut sincèrement que c’était sa renommée comme prédicateur qui avait attiré la vieille dame Lloyd à l’église. Cela fai
À la fin de l’office, tous les voisins de la vieille dame vinrent vers elle, un large sourire aux lèvres, pour lui parler et lui serrer la main. Ils pensaient que cela l’encouragerait à continuer à présent qu’elle avait fait un pas dans la bonne direction; leur cordialité plut à la vieille dame, surtout parce qu’elle y détecta la même déférence et le même respect inconscient auxquels elle avait été habituée autrefois, un respect et une déférence que sa personnalité dictait à tous ceux qui l’approchaient. La vieille dame eut la surprise de s’apercevoir qu’elle pouvait encore susciter ces sentiments en dépit de son bonnet démodé et de sa
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sourit d’un air ^plutôt triomphant, songeant à juste titre qu’elle s’était bien tirée de cette rencontre inopportune. Elle n’avait en tous cas ni faibli ni rougi, et n’avait pas perdu contenance.
— Et cela n’avait pas été le cas pour lui », se dit vindicativement la vieille dame. Elle avait été ravie qu’Andrew Cameron pût perdre, devant elle, ce masque inflexible qu’il présentait au monde. Il était son cousin, et la seule créature vivante que la ^vieille dame Lloyd haïssait; elle le haïssait et le méprisait avec toute l’intensité de sa nature. Il leur avait fait beaucoup de tort, à elle et aux siens, et la vieille dame était convaincue qu’elle préfèrerait mourir que de condescendre à faire cas de sa présence.
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visage blême s’empourpra, il souleva son chapeau et s’inclina d’un air confus. Mais le regard de la vieille dame le traversa comme s’il n’existait pas et elle poursuivit son chemin sans faire mine de le reconnaître. Il lui emboîta le pas, puis s’arrêta et fit volte-face, et esquissa un sourire plutôt désagréable en haussant les épaules.
En la voyant sortir en vitesse, personne n’aurait soupçonné combien le cœur de la vieille dame débordait de répulsion et de mépris. Même pour l’amour de Sylvia, elle n’aurait jamais eu le courage de venir en ville si elle avait su qu’elle rencontrerait Andrew Cameron. Le seul fait de le voir ouvrait de nouveau dans son âme une fontaine d’amertume scellée mais d’évoquer Sylvia parvint à refouler le torrent et la vieille dame
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La vieille dame faillit refuser avec hauteur. Non pas qu’elle s’opposait aux missions ni aux cercles de couture, bien au contraire; mais elle savait que chacune des membres était censée verser dix cents par semaine pour l’achat de fournitures; et la pauvre vieille dame pouvait ne pouvait se permettre cette dépense. Mais une pensée soudaine refoula son refus avant qu’il n’eût atteint ses lèvres.
— Certaines des jeunes filles font partie du cercle, j’imagine, s’enquit-elle astucieusement.
— Oh! Elles en font toutes partie, répondit l’épouse du pasteur. Janet Moore et Sylvia Gray sont nos membres les plus assidues enthousiastes. C’est très gentil de la part de Mlle
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Gray de nous consacrer ses samedis après-midi, les seuls jours où elle ne donne pas de leçons. Elle a le caractère le plus aimable.
— Je vais me joindre à votre cercle, déclara la vieille dame. Elle y était déterminée, même si elle devrait se contenter de deux repas par jour pour payer sa cotisation.
Le samedi suivant, elle se rendit au cercle de couture qui se tenait chez Mme James Martin et y cousit les plus jolis points. Elle était une experte et n’avait pas besoin de se concentre sur ce qu’elle faisait, heureusement, car Sylvia occupait toutes ses pensées; elle était assise dans le coin opposé, cousant avec Janet
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de ses mains gracieuses, une chemise de petit garçon en calicot grossier. Personne ne songea à présenter Sylvia à la vieille dame Lloyd et cette dernière en fut soulagée. Elle cousait délicatement délicatement à l’écart et écoutait de toutes ses oreilles le bavardage juvénile qui lui parvenait du coin opposé de la pièce. Elle apprit bientôt que l’anniversaire de Sylvia était le 30 août et fut aussitôt enflammée par le désir d’offrir à Sylvia un cadeau. Elle ne put pratiquement par fermer l’œil cette nuit-là; elle se demandait si elle serait en mesure de le faire et en arriva à la triste conclusion que c’était absolument hors de question, peu importe
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dans les érables qui flanquaient la porte d’entrée.
Elles parlaient de leurs poètes favoris, Janet paraissait adorer Byron et Scott tandis que Sylvia éprouvait un penchant pour Tennyson et Browning.
— Savais-tu, dit doucement Sylvia que mon père était un poète? Il a déjà publié un petit recueil et, Janet, je n’en ai jamais vu un exemplaire. Si tu savais comme cela me plairait! Il l’a publié pendant ses années d’études au collège; ce n’était qu’un tirage limité pour ses amis. C’était il y a près de trente ans. Pauvre papa, il n’a jamais rien publié d’autre! Je crois que la vie l’a déçu. Mais comme j’aimerais voir son
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livre de poésie! Je n’ai rien de ce qu’il a écrit. Si je l’avais, cela serait comme si je possédais quelque chose de lui, de con cœur, de son âme, de sa vie secrète. Il serait davantage qu’un nom pour moi. »
— Il n’en possédait pas un seul exemplaire? Ni ta mère, s’étonna Janet.
— Maman n’en avait pas. Elle est morte à ma naissance tu sais, mais ma tante dit que le recueil de mon père ne se trouvait pas parmi les livres de ma mère. Selon ma tante, maman n’aimait pas beaucoup la poésie; ma tante non plus d’ailleurs. Papa est partie pour l’Europe après la mort de maman et il y est décédé l’année suivante. Rien de ce qu’il avait apporté ne nous fut
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envoyé. Il avait vendu la plupart de ses livres avant son départ, mais il avait confié quelques-uns de ses préférés à ma tante pour qu’elle me les garde. Son propre recueil n’en faisait pas parti. Je n’en trouverai jamais d’exemplaire, j’imagine; mais je serais au comble de la joie si j’y parvenais.
De retour chez elle, la vieille dame prit dans le tiroir du haut de sa commode une boîte marquetée en bois de santal. Elle contenait un livre mince et à reliure souple, enveloppé dans un papier de soie, le trésor le plus précieux de la vieille dame. Les mots « À Margaret, avec l’amour de l’auteur » étaient écrits sur la plage de garde.
La vieille dame tourna les feuillets jaunis en tremblant et, à travers le voile de ses larmes, elle lit les vers qu’elle connaissait par
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bavarder avec elle les samedis après-midi où se réunissait le cercle et la vieille dame gardait précieusement dans son cœur chacune de ses paroles et de les répétait interminablement dans la solitude de ses nuits. Sylvia ne
À moins d’être priée de le faire, Sylvia ne parlait jamais d’elle-même ou de ses projets; et la timidité de la vieille dame l’empêchait de lui poser des questions personnelles; leurs conversations restaient donc superficielles et c’est la femme du pasteur qui lui confia finalement les plus chères ambitions de Sylvia.
L’épouse du pasteur était allée rendre visite à la vieille dame un soir de la fin de septembre, alors qu’une brise glacée
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jeunes et romantiques aspirants pol poètes?
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Le chapitre de septembre
En septembre, se remémorant l’été, la vieille dame se dit qu’il avait été étrangement heureux, avec les dimanches et les journées du cercle de couture se démarquant comme des signes de ponctuation dorés dans un poème de la vie. Elle avait l’impression d’être une femme totalement différente et c’est ce que les autres pensaient aussi. Les femmes du cercle de couture la trouvèrent si sympathique, et même cordiale, qu’elles commencèrent à se dire qu’elles l’avaient mal jugée et que son bizarre mo mode de vie n’était, après tout, qu’une question d’excentricité et non d’avarice. À présent, Sylvia Gray venait toujours