Pages versos
Ces pages versos, qui semblent être des brouillons aléatoires en désordre, sont des ébauches des premiers poèmes et nouvelles de L.M. Montgomery. Quelques-uns de ces textes étaient déjà publiés lorsqu’elle a rédigé Anne en 1905 et 1906; d’autres ont probablement été dactylographiés et conservés ailleurs. Certains brouillons sur des versos montrent ses premières expérimentations : « A Baking of Gingersnaps » (Les biscuits au gingembre) a été sa première nouvelle publiée; elle mettait alors à l’essai les noms de plume Maud Cavendish et Maud Eglinton. Après le chapitre 15, elle comment à écrire Anne au recto et au verso. Pourquoi est-elle passée de feuilles de brouillon à des feuilles vierge?
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menthe que Louisa piétinait.
« Je suis contente. J’avais peur de revenir et de m’apercevoir que tu avait tellement amélioré le vieux jardin qu’il n’existerait plus ou serait devenu une pelouse impeccable, ce qui aurait été pire encore. Il est toujours aussi mal entretenu qu’avant, et la clôture tremble toujours. Impossible que ce soit la même clôture, pourtant elle est exactement pareille. Non, rien n’a beaucoup changé. Merci, Louisa.
Louisa n’avait pas la moindre idée de la raison pour laquelle Nancy la remerciait, mais il est vrai qu’elle n’avait jamais été capable de comprendre Nancy, tout en l’ayant beaucoup aimée pendant leur jeunesse qui semblait beaucoup plus loin à Louisa qu’à Nancy. Louisa en était séparée par la plénitude d’une vie d’épouse et de mère
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considérait toute femme de trente-huit ans comme une Methuselah femelle. Et à présente, je me sens si horriblement, si ridiculement jeune, Louisa. Tous les matins, quand je me lève, il faut que je me répète trois fois, d’une voix solennelle : « Tu es une vieille fille, Nancy Rogerson, » pour réussir à garder une attitude convenable pendant la journée.
– J’imagine que ça t’est plutôt égal d’être restée vieille fille, dit Louisa en haussant les épaules. Pour rien au monde, elle-même n’aurait voulu rester célibataire. Et pourtant, elle enviait illogiquement Nancy pour sa liberté, ses voyages autour du monde, son front lisse et sa légèreté d’esprit.
– Oh! Mais bien en contraire, répliqua franchement Nancy. Je déteste être une vieille fille.
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– Nancy! s’écria Louisa, choquée.
Nancy éclata de rire, d’un rire doux qui ondula dans le jardin comme un ruisseau.
– Oh! Louisa, je peux entre te choquer. C’est exactement sur ce ton qui tu t’écriais “Nancy!” autrefois, comme si j’avais enfreins les dix commandements tous à la fois.
– Tu tiens des propos si étranges, protesta Louisa, et la moitié du temps, je ne comprends même pas ce que tu veux dire.
– Ne t’en fais pas, chère cousine, la moitié du temps, je ne le sais même pas moi-même. Peut-être que la joie de revenir dans ce cher endroit m’a un peu tourné la tête. J’ai retrouvé ma jeunesse, Je n’ai pas trente-huit ans dans ce jardin, c’est tout simplement inconcevable. Je suis une jeune fille de dix-huit ans et mon
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Elle glissa le monde paquet dans la fente de la porte, et retourna chez elle, éprouvant une étrange sensation de perte et de solitude. C’était comme si elle venait de renoncer au dernier lien qui la rattachait à sa jeunesse. Mais elle ne le regrettait pas. Cela ferait plaisir à Sylvia et cette considération était devenue la passion dominante de dans le cœur de la vieille dame.
Le lendemain soir, la lumière resta allumée très tard dans la chambre de Sylvia et la vieille dame qui comprit ce que cela voulait dire le ressentit comme un triomphe. Sylvia était en train de lire les poèmes de son père et, dans le noir, la vieille dame les lisait avec elle, se murmurant sans fin les phrases. Après tout, le fait d’avoir donné le livre
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avait peu d’importance. Elle en possédait toujours l’âme, et la page de garde portait, écrit de la main de Leslie, ce prénom que plus personne ne lui donnait.
La vieille dame était assise sur le canapé des Marshall l’après-midi du cercle de couture suivant quand Sylvia Gray arriva et vint s’asseoir à côté d’elle. Les mains de la vieille dame tremblaient légèrement et l’un des côtés du mouchoir, qui fut par la suite offert à Noël au jeune coolie de Trinidad au teint olivâtre n’était pas cousu de façon aussi exquise que les trois autres.
Sylvia commença par parler du cercle, puis des dahlias de Mme Marshall dahlias et la vieille dame se croyait au septième
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– Comme c’est intéressant, dit-elle avec id avec indifférence.
– N’est-ce pas? Je lui en suis tellement reconnaissante et j’aurais tellement aimé qu’elle sache comme elle m’a fait plaisir. J’ai trouvé de joli jolies et des baies sur mon chemin tout l’été. Je suis certaine que c’est elle qui m’en envoyé ma robe de soirée. Mais le cadeau le plus adorable est arrivé la semaine dernière, pour mon anniversaire, un petit recueil des poèmes de mon père. Je ne peux exprimer ce que j’ai ressenti en le recevant. J’ai tellement hâte de rencontrer ma bonne fée pour la remercier.
– Un mystère tout à fait fascinant, n’est-ce pas? Vous n’avez vraiment aucune idée de son identité?
La vieille dame posa cette
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question dangereuse avec un succès marqué. Elle n’aurait pas eu tant de succès si elle n’avait pas été convaincue que Sylvia ignorait totalement l’amour qui avait existé entre la vieille dame et Leslie Gray. Pour l’instant, elle se sentait à l’aise avec la certitude d’être la dernière personne que Sylvia soupçonnerait.
Sylvia hésita un imperceptible instant. Puis elle dit :
– Je n’ai pas essayé de le découvrir parce que je pense qu’elle préfère me laisser dans l’ignorance. Au début, quand il s’agissait des fleurs et de la robe, j’ai évidemment essayé de percer le mystère, mais quand j’ai reçu le livre, j’ai été convaincue que c’était ma bonne fée qui faisait tout ça et j’ai
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respecté son désir de rester dans l’ombre et le respecterai toujours. Peut-être qu’un jour, elle se fera connaître à moi. C’est du moins ce que j’espère.
– Si j’étais vous, je ne l’espèrerais pas, répondit la vieille dame pour la décourager. Les bonnes fées, du moins dans tous les contes que j’ai lus, ont quelque peu tendance à être des personnes bizarres et tordues, beaucoup plus agréables quand elles sont enveloppées de mystère que quand on les rencontre face à face.
– Je suis convaincue que la mienne est tout le contraire et que mieux je la connaîtrai, plus de découvrirai combien elle est attachante , répliqua gaiement Sylvia.
C’est à de moment que Mme Marshall vint demander à Mlle Gray de chanter pour elles. Miss Gray accepta
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gentiment et la vieille dame se retrouva seule et plutôt soulagée. Elle appréciait davantage se remémorer ses conversations avec Sylvia une fois de retour chez elle. Quand une vieille dame se sent coupable, elle devient nerveuse, ce qui détourne ses pensées du plaisir du moment. Elle se demanda un peu mal à l’aise si Sylvia la soupçonnait. Puis, elle conclut que c’était impossible. Qui soupçonnerait une vieille dame mesquine et sauvage qui n’avait pas d’amis et qui ne versait que cinq cents au cercle de couture quand toutes les autres membres en donnaient dix ou quinze, d’être la bonne fée la bonne fée qui offrait de belles robes de soirée, et avait reçu
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d’eux-mêmes, comme tu sais. C’est à propos d’une question de syntaxe que nous nous sommes querellés. Peter m’a dit que si je ne l’acceptais pas comme il était, avec sa grammaire et tout, je devais me passer de lui. Ce que j’ai fait et depuis, je me suis toujours demandé si j’étais vraiment désolée, ou si ce n’était qu’un agréable regret sentimental que je portais dans mon cœur. Je pencherais pour la deuxième hypothèse. Maintenant, Louisa, je vois dans tes yeux sereins le plan que tu commences à mijoter. Écrase-le dans l’œuf, chère Louisa. Inutile d’essayer de nous réconcilier, Peter et moi, ni de l’inviter sournoisement à venir prendre le thé ici un soir,
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comme tu y songes en ce moment.
– Et bien, il faut que j’aille traire les vaches, bafouilla Louisa, plutôt soulagée de pouvoir s’échapper. Ce pouvoir que Nancy avait de lire en elle lui paraissait surnaturel. Elle craignait de rester plus longtemps avec sa cou cousine de peur que tous ses secrets fussent soudain révélés.
Nancy resta longtemps assise dans les marches après le départ de Louisa, jusqu’à ce que la nuit, sombre et douce, tombe sur le jardin et que les étoiles se mettent à scintiller au-dessus des sapins. Elle avait vécu son enfance ici. Elle y avait vécu et tenu
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fort qu’il assurait.
– Ma foi, il aurait dû se marier, dit-elle d’un ton cassant. Je ne vais pas commencer à m’inquiéter parce qu’il est un vieux garçon solitaire quand, pendant toutes ces années, j’avais cru qu’il était un époux douillet. Pourquoi est-ce qu’il n’embauche pas une femme de ménage au moins? Il en a les moyens, l’endroit à l’air prospère. Bof! J’ai un très bon compte en banque, et j’ai vu presque tout ce qui vaut la peine d’être vu dans le monde. J’ai cependant plusieurs cheveux gris bien camouflés et l’horrible conviction que, tout compte fait, la grammaire ne fait pas partie des choses essentielles. Bon, cela suffit, j’ai assez broyé du noir dans la rosée. Je vais lire le roman le plus brillant, le plus léger, le plus futile
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Over his pallid brow where one might trace
Some lingering remnant of its childhood grace
The death damp fell, but even as they said
With tender reverent sadness, « He is dead, »
His dark eyes opened; thro’ the shades of night
They seemed to pierce with strange unearthly light.
Where looked those bright eyes? Far beyond the stars
Where Heaven sets its utmost purple bars?
Or did they see across the restless sea
A spot where daisies starred an English lea?,
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Shrinking and shamed the mantle of the night.
All seemed at rest when from the twilight skies
The stars looked down like pitying angels eyes
On that dread field which since the Dawn’s first ray
Had purpled o’er the cheek of pallid Day
Had echoed to the battle thunder’s roll—
The mighty dirge of many a brave man’s soul.
And one was there who ‘mid the smoke and flame
Of Death’s wild has havoc bore a soldier’s name,
A mere youth still who on that alien strand
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Address: – At usual rates
Miss L.M. Montgomery
Cavendish
P.E. Island Can.
The Last Prayer
By
L.M. Montgomery
(A young soldier was found mortally wounded on the field after a hard-fought battle. As they bent over him he opened his eyes and murmuring, « Now I lay me down to sleep, » died).
The carnage of the battlefield was done,
Behind the red hills sank the shamed sun,
And shuddering nature drew across her sight,
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Where, in the sunshine of her cottage door
Whose porch would echo to his step once no more,
His aged mother sat, her gentle eyes
Bright with reflected light from Paradise,
Lovingly thinking of her wandering boy,
Her widow’s comfort and her mother’s joy.
Saw he himself again, life but begun,
Kneeling hands clasped by her at set of sun,
While dimly conscious of some angel near
He lisped the little prayer to childhood dear?
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Perchance he felt her toil-worn hand once more
In tender benediction as of yore
Rest its light touch upon his curly head
And her dear kiss when the « good-night » was said.
His pale lips move as Death’s dark shadows creep
And softly murmur, « Lay me down to sleep. »
A shuddering breath – a sigh – his spirit fled
To that far land where pain and grief are dead,
Where glory sleeps upon a tideless shore
And Earth’s dark vapours dim our eyes no more.
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Address:- At usual rates.
Miss L.M. Montgomery
Cavendish
P.E. Island. Can.
The Violet’s Spell
by
Lucy Maud Montgomery
Only a violet in the trodden street
Breathing its purple life out ‘neath the tread
Of hundreds restless, eager, hurrying feet
Ere set of sun the frail thing will be dead,
« Only a violet », so its loser said.
As in a dream the dusty street passed then,
Unheeded on my ear its tumult fell,
I saw a vision from the past again
T That wove across my heart a nameless spell,
Fond memories of a spot I once loved well.
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A woodland lane where ferns grew green and tall,
And beeches wove their branches overhead,
All silence save some wild bird’s passing call
Or the swift echoing of a rabbit’s tread,
‘Neath those green arches fear and strife were dead.
Blue smiled the sky where thro’ the fir-trees green
The summer sunshine fell in golden sheaves,
And shyly from beneath their mossy screen
With half averted face as one who grieves,
Blue violets peeped thro’ last
And one was there with me whose voice and smile
In keeping seemed with those fair joyous hours!
A face where Nature set her every wile
And laughing leaves eyes blue as the sweet spring flowers
When wet with tear-drops of the Maytime showers