Pages versos
Ces pages versos, qui semblent être des brouillons aléatoires en désordre, sont des ébauches des premiers poèmes et nouvelles de L.M. Montgomery. Quelques-uns de ces textes étaient déjà publiés lorsqu’elle a rédigé Anne en 1905 et 1906; d’autres ont probablement été dactylographiés et conservés ailleurs. Certains brouillons sur des versos montrent ses premières expérimentations : « A Baking of Gingersnaps » (Les biscuits au gingembre) a été sa première nouvelle publiée; elle mettait alors à l’essai les noms de plume Maud Cavendish et Maud Eglinton. Après le chapitre 15, elle comment à écrire Anne au recto et au verso. Pourquoi est-elle passée de feuilles de brouillon à des feuilles vierge?
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Chapitre 22. Anne est invitée à prendre le thé
Pourquoi donc as-tu les yeux si exorbités, tout à coup? demanda Marilla à Anne, au moment où celle-ci revenait du bureau de poste. As-tu rencontré une nouvelle âme sœur? G13 — Non, Marilla, mais oh! sais-tu quoi? Je suis invitée à prendre le thé au351 405
et s’en montrait préoccupée, réalisant que les aléas de l’existence ne pèseraient guère sur cette âme impulsive ^I13 Marilla croyait donc de son devoir d’inculquer à Anne une sorte de résignation tranquille, entreprise tout aussi impossible à mener à bien que celle de harnacher un rayon de soleil gigotant dans un ruisseau. Évidemment, la pauvre Marilla n’y réussissait guère et devait bien l’admettre, hélas! La faillite de ses désirs ou de ses projets plongeait Anne dans « les abîmes de l’affliction », mais leur réussite, tout aussi démesurément, la projetait dans un univers de délices. Marilla avait presque abandonnée en était presque venue à désespérer de pouvoir jamais transformer Anne cette enfant abandonnée en petite fille modèle aux manières
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les nuits qui précèdent le jour où vous êtes invitée à prendre le thé au presbytère. Le matin, en dépit des sombres prédictions de Matthew, fut ensoleillé, et Anne en connut une exultation sans limites.
— Oh, Marilla, il y a aujourd’hui quelque chose en moi qui fait que j’aime tous les gens que je vois, s’exclama-t-elle ^tout en lavant la vaisselle du déjeuner. Tu ne peux savoir à quel point je me sens bien! Ne serait-ce pas merveilleux que cela dure toujours? Mais oh, Marilla! Je crois bien que je serais une enfant modèle si on m’invitait à prendre le thé tous les jours. Mais oh, Marilla! c’est une occasion fort solennelle aussi! Je me sens très inquiète. Et si je ne me tenais pas correctement? ^L13 Est-ce que cela fait partie des bonnes manières, de se servir de nouveau, si on le désire vraiment?
— Ton problème, Anne, c’est que
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matinée. J’ai le sentiment de ne pas avoir vécu pour rien, Quand j’ et je l’aurai toujours, même si je ne suis plus jamais invitée à prendre le thé dans un presbytère. Quand je suis arrivée, Mme Allan est venue m’accueillir à la porte. Elle portait la plus délicieuse des robes en organdi rose pâle, avec plein de frous-frous et des demi-manches; on aurait dit une créature céleste. Je crois vraiment que j’aimerais être femme de pasteur quand je serai grande, Marilla. ^O13 Mais, bien sûr, il est vrai qu’il faut être naturellement bonne, et cela, je ne le serai jamais; il vaut donc mieux que je n’y pense plus. Tu sais, certaines personnes sont bonnes de naissance, et d’autres pas. ^P13 Mme Allan est une personne bonne de naissance. Je l’aime passionnément. Tu sais bien qu’il y a des gens, comme comme Matthew ou comme Mme Allan, qu’on peut aimer du premier coup, comme ça,
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Lauretta a dû rentrer tôt, car il y a un grand concert à l’hôtel de White Sands ce soir, et sa sœur est censée y réciter quelque chose. Lauretta raconte que les Américains qui sont à l’hôtel organisent un concert tous les quinze jours pour venir en aide à l’hôpital de Charlottetown, et ils demandent à de nombreuses personnes de White Sands de préparer une récitation. S13 Après qu’elle fut partie, Mme Allan et moi, nous avons bavardé parlé à cœur ouvert. Je lui ai tout raconté : l’histoire de Mme Thomas et des jumeaux, celle de Katie Maurice et de Violetta, ma venue à Green Gables, mes problèmes en géométrie. Et le croirais-tu, Marilla? Mme Allan m’a confié qu’elle aussi était nulle en géométrie. Tu ne peux pas deviner à quel point cela m’encourage. Mme Lynde est arrivée au presbytère juste au moment où je partais,