Pages versos
Ces pages versos, qui semblent être des brouillons aléatoires en désordre, sont des ébauches des premiers poèmes et nouvelles de L.M. Montgomery. Quelques-uns de ces textes étaient déjà publiés lorsqu’elle a rédigé Anne en 1905 et 1906; d’autres ont probablement été dactylographiés et conservés ailleurs. Certains brouillons sur des versos montrent ses premières expérimentations : « A Baking of Gingersnaps » (Les biscuits au gingembre) a été sa première nouvelle publiée; elle mettait alors à l’essai les noms de plume Maud Cavendish et Maud Eglinton. Après le chapitre 15, elle comment à écrire Anne au recto et au verso. Pourquoi est-elle passée de feuilles de brouillon à des feuilles vierge?
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ne « parla » pas à Anne Shirley durant tout le reste de l’hiver. À l’exception de ces menus accrochages, le travail, dans le royaume de Mlle Stacy, se poursuivit avec une régularité irréprochable.
Les semaines d’hiver passèrent. La saison était remarquablement chaude douce : il était tombé si peu de neige que Diana et Anne pouvaient se rendre à l’école pratiquement tous les jours par le sentier des bouleaux. Le jour de l’anniversaire d’Anne, elles y trottinaient gaiement, les yeux et les oreilles à l’affût, en dépit de leur caquetage, car Mlle Stacy leur avait affirmé qu’elles devaient bientôt écrire une composition sur « Une promenade dans les bois, en hiver », et il était de leur intérêt de se montrer observatrices.
— Tu te rends compte, Diana, j’ai treize ans aujourd’hui, fit remarquer Anne, d’une
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de charité, par conséquent je ne mentionne plus son nom. ^O15 J’essaie d’être le plus possible semblable à Mme Allan, car je la trouve parfaite. Son mari pense comme moi. Mme Lynde dit qu’il est en adoration devant le moindre de ses gestes et que c’est incorrect de la part d’un pasteur d’être aussi attaché à une créature mortelle. Mais, pourtant, Diana, même les pasteurs sont humains et ont de grands défauts, comme tout le monde. P15
— Encore quatre ans, et nous pourrons nous relever les cheveux, dit Diana. Alice Bell n’a que seize ans et elle les porte relevés, mais je trouve ça ridicule. Moi, j’attendrai d’avoir dix-sept ans.
— Si j’avais le nez croche comme Alice Bell,
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lundi est épouvantable! Quelle idée a eue Mlle Stacy de nous commander une histoire entièrement inventée par nous-mêmes?
— Mais voyons, ça se fait tout seul, dit Anne.
— C’est facile pour toi, à cause de ton imagination, répliqua Diana, mais que ferais-tu si tu en étais tout à fait dépourvue? Ta composition est déjà toute rédigée, je suppose?
Anne fit signe que oui, essayant vigoureusement de ne pas afficher un air trop suffisant, mais y échouant lamentablement.
— Je l’ai écrite lundi soir dernier. Elle s’intitule « Le rival jaloux » ^ou « Point séparés dans leur mort ». Je l’ai lue à Marilla, et elle m’a dit que c’était un ramassis de niaiseries. Puis je l’ai lue à Matthew, et il m’a dit que c’était très bien. C’est Le genre de critique que j’aime. Mon histoire est romantique et triste. au sujet J’ai Je pleurais comme une enfant en la rédigeant. C’est l’histoire de deux bel-
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à Géraldine? demanda Diana, qui était commençait à s’intéresser à leur sort.
— Elles grandirent en beauté, l’une à côté de l’autre, jusqu’à l’âge de seize ans. C’est à ce moment-là que Bertram DeVere arriva dans leur village natal et tomba amoureux de ^la belle Géraldine. Il lui sauva la vie lorsque le cheval de sa voiture s’emballa; Géraldine s’évanouit dans ses bras. Il la porta jusque chez elle sur une distance de trois milles h; j’ai trouvé parce que, tu sais, le carrosse était complètement démoli. J’ai trouvé passablement ardu d’imaginer une demande en mariage ^parce que je ne pouvais m’inspirer d’aucune expérience personnelle. J’ai demandé à Ruby Gillis si elle savait comment les hommes adressent une demande en mariage, pensant qu’elle était quasiment une spécialiste en la matière, vu que tant de ses sœurs sont mariées. Ruby m’a raconté qu’elle était cachée dans le garde-manger du couloir le jour où Malcolm
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en voyage de noces, car il était extrêmement riche[.] Mais c’est alors, hélas! que de sombres nuages se mirent à obscurcir leur chemin. Cordélia était ^secrètement amoureuse de Bertram, elle aussi, et quand Géraldine lui a annoncé leurs fiançailles, elle est tout simplement devenue furieuse^Q15. Toute son affection d’antan pour Géraldine se changea en haine ^amère, et elle jura que Géraldine n’épouserait jamais Bertram. Mais elle continua de faire semblant d’être toujours l’amie de Géraldine. Un soir, elles étaient debout sur un pont, un cours d’eau ^turbulent roulait sous elles, et Cordélia, se croyant seule avec Géraldine, la poussa dans l’eau ^avec un sardonique et méchant “Ha! ha! ha!” Mais Bertram avait tout vu et plongea d’un bond dans le courant en s’écriant : “Je te sauverai, ô mon incomparable Géraldine.” Hélas, il avait oublié qu’il ne savait pas nager, et
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moi, un club rien qu’à nous, pour rédiger des histoires afin de nous entraîner. Je t’aiderai jusqu’à ce que tu saches t’y prendre. Tu devrais développer ton imagination, tu sais. Mlle Stacy le dit. Il suffit de s’y prendre correctement. Je lui ai parlé de la Forêt hantée, mais elle a dit que dans ce cas-là, nous avions fait erreur.
C’est ainsi que le club des conteuses d’histoires vit le jour. D’abord, il se limita à Diana et Anne, mais bientôt s’élargit pour accueillir Jane Andrews et Ruby Gillis, et une ou deux autres ^qui estimaient que leur imagination avait besoin d’être développée. On n’y admettait pas de garçons ^S15 et chacun des membres devait écrire une histoire par semaine.
— C’est extrêmement intéressant, dit Anne à Marilla. Chacune des filles doit lire son histoire à voix haute, et ensuite, nous
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que vous pourriez consacrer à vos leçons. Lire des histoires c’est déjà difficile, mais les écrire c’est pire.
— Mais nous prenons bien garde d’y insérer une morale à chaque fois, Marilla, expliqua Anne. ^J’insiste là-dessus. Tous les bons sont récompensés, tous les mauvais sont punis ^comme ils le méritent. Je suis sûre que cela doit avoir un effet salutaire. La morale, voilà la ^grande affaire. M. Allan le dit lui-même. Je lui ai lu une de mes histoires, et Mme Allan et lui ont trouvé tous deux la morale excellente. Diana a écrit La seule chose embêtante, c’est qu’ils ont ri au mauvais mauvais moment. Je préfère que les gens pleurent. Jane et Ruby pleurent presque toujours quand j’en arrive aux passages tristes pathétiques. Diana a écrit à sa tante Joséphine pour lui parler de notre club et
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— Je ne croirais pas qu’il y en ait beaucoup, fit Marilla, encourageante. Je suis persuadée que Mme Allan n’a jamais été une petite fille aussi sotte et distraite que toi.
— « Non, mais elle n’a pas toujours été aussi bonne que maintenant, dit Anne, sérieusement. C’est elle-même qui me l’a dit, c’est-à-dire qu’elle m’a avoué que quand elle était une petite fille, elle se mettait toujours des ennuis dans le pétrin. Cela m’a fortement encouragée de l’entendre me raconter ça. Est-ce que c’est vraiment mauvais méchant de ma part, Marilla, de me sentir réconfortée lorsque j’entends les autres me parler de leur passé stupide et polisson? Mme Lynde prétend que si. Elle assure que cela la choque toujours d’entendre quelqu’un dire qu’il a été méchant, peu importe son âge. Mme Lynde a entendu un jour