Pages versos
Ces pages versos, qui semblent être des brouillons aléatoires en désordre, sont des ébauches des premiers poèmes et nouvelles de L.M. Montgomery. Quelques-uns de ces textes étaient déjà publiés lorsqu’elle a rédigé Anne en 1905 et 1906; d’autres ont probablement été dactylographiés et conservés ailleurs. Certains brouillons sur des versos montrent ses premières expérimentations : « A Baking of Gingersnaps » (Les biscuits au gingembre) a été sa première nouvelle publiée; elle mettait alors à l’essai les noms de plume Maud Cavendish et Maud Eglinton. Après le chapitre 15, elle comment à écrire Anne au recto et au verso. Pourquoi est-elle passée de feuilles de brouillon à des feuilles vierge?
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Chapitre 20 Une imagination qui tourne mal
Le printemps, une fois de plus, était revenu à Green Gables, le beau printemps canadien, capricieux, hésitant, égrenant ses jours parfumés, purs ^et frisquets, et ses couchers de soleil roses tout au long d’avril et de mai, faisant surgir de la terre mille résurrections miraculeuses. Les érables du Sentier des amoureux se paraient de petits bourgeons rouges, tandis que de minuscules fougères bouclées commençaient à croître autour de la Source des Fées. Dans les terres en friche, derrière after all, » Anne confided to Marilla. « You wouldn’t think so to look at her but she is. Kindred You don’t find it right out at first, as in Matthew’s case, but after awhile you come to see it. Kindred spirits are not so scance scarce as I used to think. Its splendid to find out there are so many of them in the world.2352
qui sont mortes l’été passé. Green Gables est leur paradis. Mais nous avons eu une journée extraordinaire, Marilla. Nous avons pris notre dîner dans un petit creux moussu près d’un vieux puits, un endroit tellement romantique!^A12 M. Phillips a offert les fleurs de mai qu’il a cueillies à Prissy Andrews, On m’a offert et je l’ai entendu lui murmurer : “Des fleurs pour une fleur.” Il a tiré cela d’un livre, je le sais, mais cela prouve qu’il a de l’imagination. On m’a offert des fleurs, à moi aussi, mais je les ai refusées, avec dédain. ^B12 Nous avons tressé des couronnes de fleurs et nous les avons agrafées à nos chapeaux; et quand est venue l’heure de rentrer à la maison, nous avons défilé en rangs le long de la route, deux par deux, avec nos bouquets et nos couronnes,
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Mais quand je suis en classe, c’est tout à fait différent, et cela devient fort important. Il y a beaucoup d’Anne différentes en moi. Je pense parfois que c’est pour cette raison que je cause tant de problèmes à tout le monde. Si j’étais une seule et unique Anne, ce serait certainement plus pratique pour les autres, mais ce ne serait pas aussi passionnant.
Un soir de juin, ^C12 quand il flottait dans l’air les effluves mêlés des champs de trèfle et des bois de sapins, Anne était assise près de la fenêtre de son pignon. Elle avait appris ses leçons, mais il faisait à présent trop sombre pour qu’elle pût lire; elle s’abandonna à un rêve éveillé, les yeux grands ouverts, le regard perdu au-delà des branches de la Reine des Neiges, une fois de plus émerveillée par la splendeur poudreuse de ses fleurs[.]
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chargée des tabliers d’école d’Anne qu’elle venait de repasser. Elle les plaça sur le dossier d’une chaise, et s’assit en poussant un léger soupir. Elle avait encore eu mal à la tête cet après-midi-là, et, bien que ce fût terminé, elle se sentait faible et « vannée », comme elle disait. Anne la regarda avec sympathie de ses yeux clairs où se lisait une profonde sympathie.
— J’aurais préféré avoir mal à la tête à ta place, Marilla. Pour toi, j’aurais supporté cela avec plaisir.
— Je pense que tu as fait ta part de travail, et que c’était gentil de me laisser me reposer, dit Marilla. XXXXX Il me semble même que tu t’en es bien sortie, et que tu as inventé moins d’erreurs que d’habitude. Bien sûr, ce n’était pas vraiment nécessaire d’amidonner les mouchoirs de Matthew!
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coule de chaque côté. Finalement, il m’est venu l’idée de l’appeler “l’Île Victoria”, parce que nous l’avons découverte le jour de la Fête de la Reine. Mais je m’en veux Diana et moi, nous sommes très royalistes. Mais je m’en veux, vraiment, pour la tarte et pour les mouchoirs. Je voulais faire de mon mieux aujourd’hui parce que c’est un anniversaire. Te souviens-tu de ce qui s’est passé ce jour-ci l’année dernière, Marilla?
— Non, je ne me rappelle rien de particulier.
— Oh, Marilla! Moi, je ne l’oublierai jamais. C’est ce jour-là que je suis arrivée à Green Gables. Bien sûr C’était un moment crucial pour moi. Bien sûr, pour vous, ça n’a peut-être pas autant d’importance. Cela fait un an que je suis ici, et j’en suis si heureuse! Bien sur, j’ai eu mes soucis, mais on y survit. Regrettez-vous de m’avoir gardée, Marilla?
— Non, je ne peux pas dire que je le regrette, dit
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hante le coin près d’Idlewild; il se cache derrière vous et pose ses doigts glacés sur votre main, comme ceci. Oh, Marilla, j’ai la chair de poule rien que d’en parler. Je ne pourrais Il y a aussi un homme sans tête qui parcourt le sentier et des squelettes qui vous fixent, d’un air menaçant, tapis dans les branches. Oh, Marilla, je ne traverserais la Forêt hantée, une fois la nuit tombée, pour rien au monde! Je suis sûre que des choses blanches, blotties derrière les arbres, essaieraient de s’emparer de moi!
— A-t-on jamais entendu pareilles sornettes! s’exclama Marilla, Anne Shirley qui avait écouté avec une stupéfaction muette. Anne Shirley, veux-tu vraiment me faire croire que tu crois à l’existence de ces bêtises^tordues tirées de ton imagination?
— Y croire, non, pas exactement, fit Anne, qui hésitait. Disons que, dans la journée, je n’y crois pas du tout. Mais la nuit tombée, quand il fait noir, c’est autre chose. C’est à ce moment-là que les fantômes sortent.
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très réelle. Emportée littéralement par son imagination, elle redoutait le petit bois d’épinettes la nuit tombée. Mais Marilla demeura inexorable. Elle conduisit la pauvre voyante épouvantée jusqu’à la source et lui enjoignit de traverser le pont séance tenante, et de continuer sa route dans ces régions secrètes où s’étaient réfugiés les dames qui gémissaient et les spectres décapités. H12
« Allons, marche »
Anne se mit en marche. Ou plutôt, elle traversa le pont en trébuchant à chaque pas, et, transie d’épouvante, elle s’engagea dans l’horrible chemin sombre qui suivait. Elle n’oublia jamais ce parcours-là. Elle se reprochait amèrement d’avoir ainsi donné libre cours à son imagination. Les gobelins de ses visions la reluquaient à chaque coin d’ombre, tendant leurs mains froides, décharnées, pour essayer de saisir la main