Pages versos
Ces pages versos, qui semblent être des brouillons aléatoires en désordre, sont des ébauches des premiers poèmes et nouvelles de L.M. Montgomery. Quelques-uns de ces textes étaient déjà publiés lorsqu’elle a rédigé Anne en 1905 et 1906; d’autres ont probablement été dactylographiés et conservés ailleurs. Certains brouillons sur des versos montrent ses premières expérimentations : « A Baking of Gingersnaps » (Les biscuits au gingembre) a été sa première nouvelle publiée; elle mettait alors à l’essai les noms de plume Maud Cavendish et Maud Eglinton. Après le chapitre 15, elle comment à écrire Anne au recto et au verso. Pourquoi est-elle passée de feuilles de brouillon à des feuilles vierge?
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et retournant aux questions pratiques
— Oui. J’ai, heureusement, mes ciseaux de couture dans la poche de mon tablier, dit Anne. D’un geste solennel, elle coupa une boucle de la chevelure de Diana. Dieu te garde, ô très chère amie. Désormais, tout en vivant si près, nous devrons demeurer des étrangères l’une pour l’autre. Mais mon cœur, ô chère Diana, vous restera toujours fidèle.
Anne, immobile, regarda Diana s’éloigner. ^N9 Et puis, rassérénée quelque peu par le romantisme de ces adieux, elle revint à la maison.
— C’est fini, annonça-t-elle à Marilla. Je n’aurai jamais d’autre amie. ^O9 Diana et moi, nous nous sommes fait des adieux si touchants, en bas, près de la source. Ce souvenir-là restera toujours sacré. J’ai utilisé le langage le plus pathétique que je connaisse, avec plein de « vous » et de mots solennels comme ça.
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le bras, les lèvres serrées, l’air résolu.
— Je retourne à l’école, déclara-t-elle. C’est tout ce qui me reste à faire dans la vie, à présent que mon amie a été brutalement séparée de moi. Là-bas, je pourrai la regarder, au moins, et songer aux jours passés.
— Tu ferais mieux de penser à tes leçons et à tes additions, dit Marilla, ^P9 Si tu retournes à l’école, j’espère que nous n’entendrons plus raconter que tu casses des ardoises sur la tête des gens, et autres inepties du même genre. Tiens-toi correctement et obéis à ton maître d’école.
— Je tâcherai d’être une élève modèle, dit Anne ^avec tristesse. Cela n’aura rien d’amusant, je suppose. ^Q9 Mais je me sens si déprimée qu’après tout, ça me viendra peut-être facilement, d’être une élève modèle. R9
Les élèves accueillirent Anne
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Bell recopia, avec grand soin, sur un morceau de papier rose pâle, aux bords dentelés, ces effusions lyriques :
POUR ANNE
Quand le crépuscule baisse son rideau
Et qu’il l’attache d’une étoile
Rappelle-toi que tu as une amie
Bien que loin elle puisse faire voile
— C’est tellement agréable d’être appréciée par les autres », confia ce soir-là, avec un soupir de volupté, Anne à Marilla.
Les filles n’étaient pas les seules de l’école à « apprécier » Anne. Lorsqu’elle revint s’asseoir après le déjeuner^S9 , elle trouva, sur son pupitre, une belle grosse « pomme fraise ». Anne s’en empara, prête à mordre dedans, mais se rappela soudain que le seul endroit, dans tout Avonlea,
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pliée en tous sens et un minuscule colis, fut passée à Anne.
Chère Anne (écrivait Diana),
Maman dit que je ne dois pas jouer avec toi, ou même te parler à l’école. Ce n’est pas ma faute; ne m’en veux pas; je t’aime toujours autant. Tu me manques horriblement, j’aimerais te confier tous mes secrets, et je n’aime pas du tout Gertie Pye. Je t’ai fait un nouveau signet en papier de soie ^rouge; c’est très à la mode, ces temps-ci, et il n’y a que trois filles de l’école qui sachent les faire. Lorsque tu le regarderas, tu penseras à
ta très grande amie,
DIANA BARRY
Anne lut la note, embrassa le signet et expédia
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recommencé l’école. Mais rien ne se produisit. Peut-être Anne avait-elle emprunté effectivement quelque chose de l’« élève modèle », Minnie Andrews; en tout cas, elle s’entendit fort bien, à partir de ce moment-là, avec M. Phillips. Elle se lança dans l’étude corps et âme, bien décidée à ne stagner d’aucune façon derrière Gilbert Blythe. Leur rivalité devint de plus en plus évidente; Gilbert s’y prêtait sans malice aucune mais il faut bien avouer, hélas, que l’on ne pouvait en dire autant d’Anne, ^X9 Elle ne pouvait condecendre condescendre à admettre qu’elle souhaitait rivaliser avec Gilbert en classe; le faire, en effet, aurait signifié qu’elle reconnaissait l’existence dudit Gilbert, ce qui n’était pas le cas; mais la rv rivalité, elle, était bien réelle, et les meilleures notes et les récompenses allaient sans cesse de l’un à l’autre.
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l’emporta par trois points; le second mois, Anne le dépassa de cinq. Mais son triomphe fut gâché lorsque Gilbert la félicitât ^chaleureusement devant toute l’école. Elle aurait tellement préféré qu’il se tordît dans les affres de la défaite!
M. Phillips n’était peut-être pas un très bon instituteur, mais une élève aussi fermement décidée à apprendre qu’Anne ne pouvait que faire des progrès. À la fin du trimestre, Anne et Gilbert passèrent tous deux en cinquième année et furent autorisés à amorcer l’étude des « branches », la géométrie, le français et l’algèbre